POUSSIÈRES DE FIBRES  AGENT CANCÉROGÈNE (IARC 1)

CAS No. 1332-21-4
IARC Monograph Vol. 14, Suppl. 7, 1987 (Group 1)
IARC Monograph Vol. 100C, 2012 (Group 1)

Amiante

Renseignements généraux

L’amiante est le terme consacré désignant un groupe de minéraux silicatés fibreux d’origine naturelle.[1] L’amiante chrysotile (le chrysotile), que l’on trouve dans des faisceaux de fibres pouvant atteindre plus de 10 cm de longueur, est la forme la plus abondante et la seule variété d’amiante de serpentine. Les cinq variétés d’amphiboles comprennent l’amosite (amiante brun), la crocidolite «l’amiante bleu», l’actinolite, la trémolite et l’anthophyllite. L’amiante a été utile dans de nombreuses applications commerciales parce qu’il est résistant à la chaleur et à la traction, qu’il est isolant et adhérent, et qu’on peut le tisser.[1]

L’amiante peut être relâché dans l’environnement de manière naturelle et en raison d’activité humaine.[2] Les fibres d’amiante varient en longueur, diamètre et composition chimique. Ces variations influencent sa capacité à entrer dans les poumons, à s’y déposer, ainsi que la capacité du corps à éliminer cette substance. Les fibres minces «≥8 μm de long avec un diamètre de ≤1.5 μm» sont les plus à même de pénétrer dans les poumons et d’être cancérogènes.[1]

L’amiante a été classifié par le CIRC comme étant un agent cancérogène pour l’homme , du groupe 1 qui a des liens bien établis avec les mésothéliomes situés dans les cavités pleurale et péritonéale, ainsi qu’avec le cancer du poumon. Une nouvelle étude du CIRC sur les agents cancérogènes du groupe 1 a confirmé cette classification, ayant également trouvé chez l’homme une «preuve suffisante» de cancer des ovaires et une «preuve limitée» de cancer colorectal et du pharynx et de l’estomac.[3] L’usage du tabac produit un fort effet synergétique sur le cancer du poumon.[1] Une augmentation de cancers du larynx et d’autres cancers a également été constatée, bien que la force de cette association varie.[4]

L’amiantose, une maladie grave caractérisée par des tissus cicatriciels dans les poumons et dans la membrane pleurale, est causée par l’exposition à de fortes concentrations d’amiante. Les symptômes comprennent la difficulté de respirer, la toux, et dans des cas graves, l’hypertrophie du cœur, l’invalidité et la mort.[2]

Règlements et directives

Limite d’exposition en milieu de travail (LEMT) [5,6,7,8,9,10]

Juridictions Canadiennes Forme d’amiante LEMT (f/cc)
Code canadien du travail toutes 0.1 [f]
AB toutes 0.1
BC, ON toutes 0.1 [f]
MB, NL, NS, PE toutes 0.1 [f]
NB amosite, trémolite
chrysotile
crocidolite
0.5 [f]
2 [f]
0.2 [f]
QC actinolite, anthophyllite, chrysotile, trémolite
amosite, crocidolite
1 [f,em]; 5 [stel]
0.2 [f,em]; 1 [stel]
SK, NT, NU toutes Aucune limite indiquée, aucunes instructions
particulières pour les activités à haut risque
YT amosite
crocidolite
chrysotile, trémolite
0.2; 2 [stel]
0.1
0.5; 5 [stel]
Autres jurisdictions Forme d’amiante LEMT (f/cc)
ACGIH 2018 TLV toutes 0.1 [f]
f/cc = fibres par centimètre cube d’air
f = fibres de plus de 5 microns, avec un rapport d’aspect égal à / supérieur à 3:1
em = l’exposition doit être réduite au minimum
stel = limite d’exposition de courte durée (15 minutes au maximum)
ACGIH = American Conference of Governmental Industrial Hygienists
TLV = valeur limite de seuil

Directives environnementales canadiennes

Les Directives canadiennes sur l’eau potable n’ont pas établi de limite pour l’amiante, car il n’y a aucune preuve que l’exposition par l’eau potable cause des effets nocifs sur la santé.[11] Le gouvernement de l’Ontario établit des critères de qualité de l’air ambiant sur 24 heures de 0,04 f / cc pour les fibres d’amiante d’une longueur supérieure à 5 μg.[12] L’amiante n’a pas été inclus dans les autres directives environnementales examinées par le gouvernement canadien.[13,14,15,16]

Agences ou organismes canadiennes

Agence Désignation/Position Année
Santé Canada LIS – substance à faible priorité (risque déjà géré) 2006[11]
LCPE annexe 1, paragraphe ‘c’ (santé humaine) 1999[12]
ILO Interdiction de pulvérisation de toutes les formes d’amiante et d’utilisation de la crocidolite et de produits contenant de la crocidolite 1986[13]
EU Interdiction d’utiliser toutes les formes d’amiante 2003[14,15]
Inventaire national des rejets de polluants de Environnement Canada À déclarer à l’INRP s’il est fabriqué, transformé, ou autrement utilisé en quantités supérieures à 10 tonnes 2017[16]

Utilisations principales

Le chrysotile a toujours été la fibre d’amiante la plus utilisée dans le domaine commercial. L’amosite, la crocidolite et l’actinolite ont été utilisées dans des produits commerciaux, alors que la trémolite et l’anthopyllite ont généralement été trouvées en tant que contaminants.[1]

On a utilisé l’amiante principalement pour les toitures, l’isolation thermale et électrique, les tuyaux et plaques en ciment, les sols, les joints, les matériaux de friction, les enduits, les pastiques, les textiles, le papier et d’autres produits.[1]

L’utilisation de l’amiante atteignit son plus haut niveau à la fin des années 1960 et au début des années 1970, lorsqu’il y avait plus de 3 000 applications industrielles ou produits contenant de l’amiante.[1] Lorsque l’utilisation de l’amiante fut à son apogée en 1973, la consommation américaine totale était de 801 000 tonnes (t) et les marchés américains principaux comprenaient des conduites d’amiante-ciment (192 000 t); des couvre-sols (176 000 t); des toitures (72 000 t); des matériaux de friction, tels que les freins et les embrayages automobiles (64 000 t) et des garnitures et joints (24,000 t).[17]

La consommation américaine d’amiante en 2007 atteignait 1 730 tonnes et comprenait des produits de toiture (709 t); des enduits et mélanges servant probablement dans la toiture (606 t); et divers autres utilisations inconnues et non précisées (415 t).[18]

Production et commerce au Canada

Avant la fermeture de deux mines d’amiante canadiennes en 2011,[19] le Canada était un producteur et un exportateur d’amiante important. Environ 410 000 tonnes d’amiante furent produites au Canada entre 2008 et 2010, soit environ 6 % de la production mondiale totale pour la même période.[20] En 2014, le Canada importait encore des produits manufacturés comprenant les matériaux de friction, les conduites et tuyaux, les tôles et panneaux ondulés, le papier, le carton enroulé, les vêtements et autres matériaux contenant du chrysotile.[21]

Production et commerce

Activité Quantité Année
Importation 142 t « d’amiante » 2015[22,23]
Exportation 0 t « d’amiante » 2015[22,23]
t = tonne

Degrés d’exposition environnementale

L’exposition à l’amiante la plus importante dans l’environnement provient de l’inhalation de l’air contaminé. Les gens peuvent être exposés à des niveaux d’amiante contenu dans l’air plus élevés que la moyenne lorsqu’ils utilisent des produits contenant de l’amiante, ou lorsqu’ils vivent ou travaillent dans des bâtiments dont l’isolation à l’amiante se détériore ou encore des bâtiments où le désamiantage a été mal fait.[2] Les proches des travailleurs de l’amiante peuvent également être exposés par les vêtements de travail contaminés.[24] CAREX Canada estime que les niveaux d’amiante de l’air intérieur et extérieur peuvent être la source d’un risque de cancer élevé (qualité très basse des données).

L’isolant de vermiculite produit des années 1920 aux années 1990 et utilisé pour l’isolation des maisons peut contenir de l’amiante d’amphibole et pourrait présenter un risque d’exposition lorsqu’il est dérangé.[25] Les produits de vermiculite vendus pour être utilisés dans les jardins peuvent également contenir de l’amiante. Une étude faite par Environmental Protection Agency «l’agence américaine de protection environnementale» dans la région de Seattle dans les années 2000 a trouvé que cinq produits sur 16 achetés étaient contaminés par l’amiante.[26]

Bien que l’air contaminé représente le degré d’exposition le plus important pour la population générale, l’ingestion de l’amiante dans l’eau potable peut également représenter un risque dans les régions où l’on trouve de l’amiante «soit naturellement ou en raison de l’activité humaine». Il existe beaucoup d’opinions contradictoires sur le rôle cancérogène «s’il en existe un» de l’exposition à l’amiante par le biais de l’eau potable. En général, il n’existe aucune preuve consistante soutenant cette hypothèse.[27] Actuellement, nous estimons que l’exposition à l’amiante par le biais de l’eau potable, les aliments ou les boissons, est négligeable.

Du point de vue de la géologie, l’amiante est de la famille du talc et le talc provenant de certains gisements peut être contaminé par l’amiante, surtout l’anthophyllite et la trémolite.[1] On utilise souvent le talc dans les produits cosmétiques mais on n’a détecté aucune trace d’amiante dans celui qui est utilisé actuellement à cet effet aux États-Unis.[28]

Pour plus d’information, voir l’onglet expositions environnementales (en anglais uniquement).

Une étude des bases de données des produits de consommation et de l’environnement a donné les résultats suivants sur l’exposition à l’amiante éventuelle au Canada :

Base de données de l’INRP et des produits ménagers américains

INRP 2015[29]
Nom de la substance : ‘amiante (friable)’
Catégorie Quantité Industrie
Lâché dans l’environnement Aucun Traitement et élimination des déchets,
remédiation et gestion des déchets,
fabrication de produits du pétrole et du charbon,
la fabrication de pesticides, d’engrais et d’autres produits chimiques agricoles,
extraction de pétrole et de gaz
(50 installations)
Éliminé 23,437 t
Envoyé au recyclage hors-site Aucun
Produits d’entretien américains 2016[30]
Critère de recherche Quantité Type de produit
‘amiante de chrysotile’ 5 Ciments étanches pour la toiture
‘amiante d’anthophyllite’ 4 Apprêt
t = tonne

Degrés d’exposition en milieu de travail

L’exposition à l’amiante la plus importante en milieu de travail provient de l’inhalation.[1] Cependant, actuellement les maladies liées à l’amiante sont associées à des expositions ayant eu lieu entre 10 et 40 ans auparavant en raison des périodes de latence entre l’exposition et le début de la maladie. À ce moment-là, les sources d’exposition provenaient de l’utilisation de l’amiante dans les produits manufacturés et les bâtiments ainsi que de l’extraction et du broyage de l’amiante. De nos jours, les sources d’expositions semblent provenir du contact avec de vieux produits contenant de l’amiante, et peuvent être classifiés en tant qu’exposition secondaire provenant du contact avec ces matériaux anciens.

CAREX Canada estime qu’environ 152 000 Canadiens sont exposés à l’amiante dans leur milieu de travail. Les plus grands groupes industriels concernés sont les entrepreneurs des professions du second-œuvre, suivis des travailleurs dans la construction des bâtiments, les réparations automobile et des constructions navales. Par métier, le groupe exposé à l’amiante le plus important est composé de charpentiers et d’ébénistes, suivis des assistants et travailleurs de la construction. L’exposition à l’amiante des travailleurs de la construction est difficile à surveiller étant donné la grande variété des chantiers et la nature transitoire de l’emploi de nombreux travailleurs de ce secteur. Malgré cela, l’INSPQ vient de publier un rapport sur les expositions à l’amiante dans le secteur de la construction.[31]

D’autres groupes professionnels importants pouvant être exposés à l’amiante sont les électriciens, les plombiers, les plâtriers et les installateurs de cloisons sèches ainsi que les mécaniciens automobiles.

Pour plus d’information, voir l’onglet expositions professionnelles (en anglais uniquement).

Sources

4. U.S. Institute of Medicine. Asbestos: selected cancers. U.S. National Academy of Sciences, Washington D.C., 2006.
6. Ontario Ministry of the Environment and Climate Change. Ontario’s Ambient Air Quality Criteria (2016)
7. The Canadian Legal Information Institute (CanLII). Ontario Drinking Water Quality Standards, O Reg 169/03 (2017)
8. The Canadian Legal Information Institute (CanLII). Regulation respecting the quality of drinking water, CQLR c Q-2, r 40 (2016)
9. Government of British Columbia. Contaminated Sites Regulation B.C. Reg. 375/96 (2017)
10. Alberta Environment and Parks. Ambient Air Quality Objectives (2017)
22. Échiquier commercial (abonnement gratuit requis)
24. Bourdes V, Boffetta P, Pisani P. Environmental exposure to asbestos and risk of pleural mesothelioma: review and meta-analysis. Eur J Epidemiol. 2000;16(5):411-7.
29. National Pollutant Release Inventory Facility Search (Substance name: ‘Asbestos (friable form)’)

Autres ressources

  1. Institut national de santé publique du Québec. Épidémiologie des maladies reliées à l’exposition à l’amiante au Québec (2004) (PDF)
  2. Marrett LD, Ellison LF, Dryer D. Canadian cancer statistics at a glance: mesothelioma. CMAJ 2008;178(6):677-678.
  3. Services Canada; Asbestos Service Canada Centre
  4. Canada’s Mortgage and Housing Corporation: Asbestos
  5. Mining Watch Canada: Asbestos (PDF)
  6. ASTDR ToxFAQ Sheet for Asbestos (PDF)

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