Glyphosate

Glyphosate

Renseignements généraux

Le glyphosate est un herbicide organophosphaté non sélectif largement utilisé dans les secteurs agricole, forestier et industriel (comme les corridors ferroviaires ou les lignes de transmission) ainsi que dans les environnements aquatiques.[1] L’utilisation de cet herbicide s’est sérieusement répandue lorsque les cultures de soja, de maïs, de coton et de colza furent génétiquement modifiées pour justement résister au glyphosate.[2] C’est le pesticide le plus vendu et le plus épandu au Canada.[3]

Le glyphosate est un solide cristallin incolore et inodore aussi appelé glyphosate, chlorhydrate de glyphosate ou N-(phosphonométhyl)glycine.[2] Les formulations de glyphosate contiennent habituellement du glyphosate présent sous forme de sel d’isopropylamine, un agent de surface (pour aider à pénétrer dans la plante) ainsi que d’autres produits chimiques et agents de surface.[4] Sur la liste des principes actifs de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire du Canada (ARLA) figurent 368 produits en plus du glyphosate.[5] Parmi ceux-ci, 39 sont inscrits pour usage domestique. Des exemples de marques de commerce du glyphosate incluent : Round-Up®, Rodeo®, Xtreme®, ByeBye Weed®, TotalEx®, Wipe Out®.[5]

Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme cancérogène probable pour l’homme (groupe 2A) dans son évaluation du pouvoir cancérogène de cinq pesticides organophosphatés en 2015.[6] Selon un nombre d’études publiées depuis 2001, il y a peu de preuve du pouvoir cancérogène de ce produit sur les humains, notamment du lymphome non hodgkinien. Il existe une preuve suffisante que le glyphosate peut causer le cancer chez les animaux de laboratoire. Le CIRC a aussi évalué la preuve mécanistique, notamment la preuve de génotoxicité et de stress oxydatif.[6] Suite à cette nouvelle classification, Santé Canada a proposé des protocoles additionnels relatifs à l’étiquetage des produits contenant du glyphosate.[7] Monsanto, le principal producteur des herbicides contenant du glyphosate, s’est officiellement prononcé contre cette nouvelle classification.[8] Dans l’ensemble, le pouvoir cancérogène du glyphosate fait l’objet d’une évaluation et d’un débat continus. Des organismes réglementaires font, ou viennent de terminer, des évaluations de danger et de risque, dont l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) et la Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis.[9,10]

À court terme, les conséquences de l’ingestion des formulations de glyphosate sont généralement associées aux effets modérés de troubles gastro-intestinaux passagers.[4] L’ingestion de grandes quantités de formulations de glyphosate (>85 ml) peut corroder le système gastro-intestinal, causer des insuffisances cardiaques, rénales et hépatiques et peut aussi entraîner des troubles respiratoires, la perte de conscience et le choc.[4] L’exposition dermique ou oculaire aux formulations de glyphosate peut causer des irritations. L’inhalation peut causer de la gêne orale ou nasale, du fourmillement et une irritation de la gorge.[4]

Règlements et directives

Limite d’exposition en milieu de travail (LEMT)

Aucune limite d’exposition en milieu de travail n’a été trouvée pour le glyphosate ni au Canada ni dans une autre juridiction internationale [11,12,13,14,15,16,17,18,19,20,21,22,23,24,25,26]

Directives environnementales canadiennes

Juridiction Limite Année
Directives canadiennes sur l’eau potable MAC = 0.28 mg/L 1987, 2014[27,28]
Réglementation sur les sites contaminés de la Colombie-Britannique Normes sur le sol:
Agriculture et sites résidentiels à faible densité :
1.5 mg/g
Parcs urbains et sites résidentiels à haute densité :
3.0 mg/g
Sites commerciaux et industriels : 25 mg/g
Normes de l’eau potable : 0.28 mg/L
2017[29]
Réglementation du Québec régissant la qualité de l’eau potable MAC = 0.21 mg/L 2015[30]
Limite maximale de résidus
dans les aliments de Santé Canada
Type de nourriture :
Lentilles : 4 ppm
Lait et œufs : 0,08 ppm
Viande (bœuf, volaille, chèvre, porc): 0,08 ppm
Avoine : 15 ppm
Colza : 20 ppm
Maïs : 3 ppm
Blé : 5 ppm
2015[31]
Directives sur l’eau potable de l’OMS Glyphosate : «présent dans l’eau potable à
des concentrations inférieures aux limites permises de Santé Canada.»
2011[32]
ppm = parts par million
MAC = Concentration Maximale Premise

Statut juridique canadien[33]

Juridiction Titre de la loi Notes
Fédérale Loi sur les produits antiparasitaires, CS, 2002, c 28 Non inclus
  Liste des formulants et des contaminants de produits antiparasitaires qui soulèvent des questions de santé ou d’environnement, SI/2005-114 Non inclus
  Règlements sur les produits antiparasitaires, DORS/2006-124 Non inclus
Provinciale et territoriale    
NL, NT, NU, PEI, QC, SK, YK Titres multiples. Non inclus
AB Environmental Code of Practice for Pesticides under the Environmental Protection and Enhancement Act, RSA 2000, cE-12 L’application de glyphosate est restreinte à des méthodes précises pour des herbes spécifiques, à certaines distances de plans d’eau et superficie traitée.
BC Integrated Pest Management Regulation, BC Reg 604/2004 L’application de glyphosate est restreinte à des méthodes précises pour des herbes spécifiques, à certaines distances de plans d’eau et superficie traitée.
MB Non-Essential Pesticide Use Regulation, Man Règl. 285/2014 Le glyphosate est interdit pour usage domestique et cosmétique.
NB Loi sur le contrôle des pesticides, RSNB 2011, c 203 (remplace la Loi sur le contrôle des pesticides, RSNB 1973, c P-8) Le glyphosate est interdit pour usage domestique et cosmétique.
NS List of Allowable Pesticides Regulations, NS Reg 181/2010 Le glyphosate est interdit pour usage domestique et cosmétique.
ON Pesticides Act, RSO 1990, c P. 11, as amended by the Cosmetic Pesticides Ban Act, 2008, S.O. 2008, c. 11 – Bill 64 Le glyphosate est interdit pour usage domestique et cosmétique.

Plusieurs gouvernements provinciaux, territoriaux et municipaux ont adopté des lois visant à réduire les risques pour la santé et l’environnement provenant des pesticides, dont notamment le glyphosate. Celui-ci peut faire l’objet de restrictions quant à ses ventes, sa production ou le commerce.[34,35] Bien que plusieurs provinces et un territoire aient adopté une forme ou une autre de politique relative à l’utilisation de pesticides dans les produits cosmétiques (QC, 2003; NB, 2009; ON, 2009; AB, 2010; PEI, 2010; NS, 2010; NL, 2012; YK 1994), seules les lois de l’Ontario et de la Nouvelle-Écosse sont considérées assez solides pour réduire considérablement l’exposition aux pesticides dans les produits cosmétiques.[35] «Cosmetic Pesticide Ban Act» de l’Ontario, qui impose les restrictions les plus sévères en matière de pesticide de pelouse et de jardin en Amérique du Nord, interdit l’utilisation de plus de 250 pesticides et de plus de 95 ingrédients de pesticides, dont le glyphosate, à des fins cosmétiques.[36]

Utilisations principales

L’activité herbicide du glyphosate a été découverte en 1970; le produit fut commercialisé en 1974 par Monsanto et inscrit pour utilisation au Canada en 1976.[28] C’est actuellement un des herbicides les plus utilisés au Canada dans les domaines de l’agriculture, de l’usage domestique, du secteur forestier et des applications commerciales.[35] Un certain nombre de plantes ont été génétiquement modifiées afin de ne pas être affectés par le glyphosate; ce sont le soja, le maïs, le coton et le colza.[37] Le glyphosate est largement utilisé dans le secteur agricole au Canada,[3] mais aussi dans le secteur forestier, dans la lutte contre les plantes adventices, les pelouses et les jardins et les milieux aquatiques.[1]

Depuis que l’ARLA a commencé à faire le suivi des ventes de pesticides au Canada en 2006, l’utilisation du glyphosate n’a cessé d’augmenter. Cette situation est essentiellement due en raison de la plus grande utilisation du glyphosate pour les cultures qui le tolèrent, des pratiques de semoir pour semis direct (sans opération préalable de labour depuis la dernière récolte dans le but de réduire l’érosion et de maximaliser la biodiversité du sol), des plus grandes superficies de cultures de maïs et de colza qui tolèrent le glyphosate ainsi que la culture du bleuet.[3,38] En raison de la vaste utilisation du glyphosate et du fait qu’il est essentiellement utilisé comme désherbant, la résistance des mauvaises herbes devient un problème de plus en plus sérieux dans plusieurs pays.[39] L’herbe à poux géante est un exemple d’une mauvaise herbe résistante au glyphosate qui a été documentée pour la première fois en 2009.[40]

Exemples de l’utilisation du glyphosate au Canada:[41]

 

  • Secteur agricole : lutte contre les plantes adventices sur les clôtures, dans les aires d’entreposage, près de cultures tolérantes au glyphosate, le long de canaux d’irrigation ainsi que sur les superficies en jachère et les superficies non cultivées; pratiques agricoles minimales et de semis directs; renouvellement de pâturages et l’élimination de végétaux sur le sol dans les vergers.
  • Secteur forestier : élimination de végétaux sur le sol des arbres à feuilles caduques, de buissons et de végétaux de conifères et des opérations de plantation d’arbres.
  • Secteur industriel et commercial : aménagement paysager près des autoroutes et routes, droits de passage de chemins de fer, entrepôts, voies navigables publiques, terrains de golf, cimetières et campus.
  • Secteur résidentiel : élimination de l’herbe à puce, du sumac de l’Ouest, de plantes grimpantes et de mauvaises herbes vivaces de terrasses, de surfaces asphaltées, d’entrée de garage, de rocailles et autres endroits.

Production et commerce canadiens

Selon le Règlement concernant les rapports sur les renseignements relatifs aux ventes de produits antiparasitaires entré en vigueur en novembre 2006, tous les pesticides vendus au Canada doivent être inscrits auprès de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada.[42]

L’ARLA effectue une nouvelle évaluation du glyphosate. Le produit sera toujours inscrit, mais devra respecter de nouveaux protocoles relatifs à l’étiquetage pour l’utilisation sécuritaire pour la santé et l’environnement.[43]

Depuis 2007, le glyphosate est le pesticide le plus vendu au Canada avec plus de 25 000 000 kg de principes actifs par année.[3,42,44,45,46] Ces ventes représentent surtout le secteur agricole, où le glyphosate est le pesticide à la plus haute teneur en principes actifs. Il ne s’est pas situé parmi les 10 premiers principes actifs vendus dans les secteurs autres que l’agriculture et l’usage domestique, pour la période 2007-2008; il s’y est classé en 10e position dans le secteur domestique. Aucune information n’est disponible sur les ventes de glyphosate au Canada depuis 2013. La consommation mondiale de glyphosate pour 2011 est évaluée à 650 000 000 kg de principes actifs par année et augmente sans cesse.[47]

 

Tableau comparatif des ventes de glyphosate* en Colombie-Britannique (BC)[38], au Québec (QC)[48]**, en Ontario (ON)[49], et en Alberta (AB)[50]

*Comprend les ventes totales dans tous les secteurs pour BC, AB et QC et uniquement le secteur agricole de ON.
**QC utilise des groupes de produits chimiques pour signaler les ventes de pesticides au lieu de principes actifs individuels. Les valeurs signalées concernent les acides phosphoniques et phosphiniques (essentiellement du glyphosate).

Les données sur les ventes dans les provinces et les territoires sont très limitées. Cependant, les ventes de glyphosate ont considérablement augmenté entre 2003 et 2008-2010, de 106 p. cent en Colombie-Britannique, de 11 p. cent au Québec, de 76 p. cent en Ontario de 76 p. cent de 112 p. cent en Alberta.[38,48,49,50]

Expositions environnementales

La population générale est surtout exposée par la proximité des zones arrosées, l’usage domestique et l’alimentation, bien que les niveaux d’exposition observés soient très bas.[6] Le vent peut emporter du sol arrosé ou contaminé dans les zones résidentielles.[41] Les gens risquent aussi d’être exposés dans les milieux aquatiques lorsqu’un pesticide est intentionnellement épandu pour lutter contre les mauves herbes aquatiques, ou qu’il est accidentellement déversé.[41]

Le glyphosate se lie fermement au sol où il est décomposé par les microbes. Sa demi-vie dans le sol est en moyenne de 47 jours, mais peut varier de 2 à 97 jours selon les conditions locales.[49] Sa demi-vie dans l’eau est de 3 à 91 jours. Il semble présenter un moindre risque de contaminer l’eau souterraine en raison de ses grandes propriétés d’absorption. Cependant, il peut contaminer les surfaces de l’eau par l’utilisation de l’eau et l’érosion du sol. La population générale peut être exposée par les particules se trouvant dans l’air après un épandage actif.[51]

Un programme national de Monitoring et surveillance de la qualité des eaux, mené en 2003-2005, a trouvé des concentrations de glyphosate allant jusqu’à 9 000 nanogrammes par litre (ng/L) dans l’écoulement de surface et de 13 000 ng/L dans l’eau de surface dans l’eau de la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique.[52] Ces concentrations sont bien en dessous de la concentration maximale admissible (CMA) des Recommandations pour la qualité de l’eau potable au Canada qui sont de 280 000 ng/L et la directive concernant la qualité de l’eau du Conseil canadien des ministres de l’Environnement (CCME) qui est de 65 000 ng/L. Le glyphosate n’est pas été détecté en quantités mesurables dans aucune des provinces où il y a eu des vérifications.[52]

Degré d’exposition en milieu de travail

Les principales voies d’exposition sont par la peau et l’inhalation.[51] Les gens qui produisent ou épandent le glyphosate risquent davantage d’être exposés, surtout si des protocoles relatifs à l’hygiène du travail (comme se laver les mains) et le port d’équipement de protection individuel ne sont pas respectés rigoureusement.[51] Les métiers présentant le plus grand risque d’exposition au glyphosate comprennent les épandeurs de pesticides, les fermiers et les gestionnaires d’exploitations agricoles, les travailleurs de la production de produits chimiques, les travailleurs des services publics qui épandent le glyphosate sur les droits de passage (par exemple) et les travailleurs forestiers.[43,53]

Sources

2. Lawrence, K. Herbicide Handbook, 8th Ed. (2002) Weed Science Society of America.
4. Bradberry, S. M., Proudfoot, A. T. & Vale, J. A. Glyphosate poisoning. Toxicological Reviews 23, 159–167 (2004).
5. Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire – Étiquette de pesticides (Critère de recherche : glyphosate, accédé en janvier 2016)
11. Henderson, A. M.; Gervais, J. A.; Luukinen, B.; Buhl, K.; Stone, D. National Pesticide Information Center (NPIC)’s Glyphosate Technical Fact Sheet (2010) (PDF)
29. Government of British Columbia. Contaminated Sites Regulation B.C. Reg. 375/96 (2017)
31. Limites maximales de résidus pour pesticides de Santé Canada (Critère de recherche : Glyphosate, accédé en septembre 2015)
37. Benbrook, C. M. Impacts of genetically engineered crops on pesticide use in the U.S. — the first sixteen years. Environ. Sci. Eur. 24, 24 (2012)
39. Powles, S. B. Evolved glyphosate-resistant weeds around the world: Lessons to be learnt. Pest Management Science. 64, 360–365 (2008)
50. Byrtus, G. Overview of 2008 Pesticide Sales in Alberta. Policy Division Alberta Environment (2011)

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