RAYONNEMENT – AGENT CANCÉROGÈNE (IARC 1)

CAS No. 10043-92-2
IARC Monograph Vol. 43, 1988 (Group 1)
IARC Monograph Vol. 78, 2001 (Group 1)
IARC Monograph Vol. 100D, 2012 (Group 1)

Radon

Renseignements généraux

Le radon est un gaz radioactif d’origine naturelle que l’on trouve sous plusieurs formes isotopiques.[1] Ce gaz produit par la dégradation chimique naturelle de l’uranium dans les sols et les roches est incolore, inodore et insipide.[1] Lorsque le radon se désintègre, il produit des rayonnements ionisants ainsi que d’autres espèces que l’on appelle les produits de filiation.[2] Dans l’environnement humain, on trouve deux isotopes de radon en grande concentration, soit le 222Rn et le 220Rn «thoron».[1] Le 222Rn est l’isotope le plus important du radon parce qu’il a une demi-vie très courte.[1]

On trouve le radon et ses produits de désintégration partout dans l’air, l’eau et le sol. On l’appelle également alphatron ou niton.[3]

Le radon a été classifié par le CIRC comme étant un agent cancérogène pour l’homme, du groupe 1 ayant un lien bien établi avec le cancer du poumon.[3] Une nouvelle étude du CIRC sur les agents cancérogènes du groupe 1 a confirmé cette classification.[4]

Plusieurs études des données épidémiologiques ont démontré une relation de cause à effet entre le degré d’exposition à haute dose au gaz du radon en milieu professionnel et une incidence accrue du cancer du poumon.[1] On a démontré que le degré d’exposition au radon allié à celui de la fumée de cigarette avait un effet synergétique sur le développement du cancer du poumon.[5,6]

En 2012, en se fondant sur les résultats d’un sondage sur le radon en zone résidentielle dans tout le pays, Santé Canada estimait que 16 % des décès à la suite du cancer du poumon «plus de 3 000 cas par an» étaient attribuables au degré d’exposition au radon.[7]

Règlements et directives

Limite d’exposition en milieu de travail (LEMT)

Le gouvernement canadien a préparé un nombre de lignes directrices que les provinces et les territoires peuvent utiliser pour élaborer leurs propres règlements. Les Lignes directrices canadiennes pour la gestion de matières radioactives naturelles (MRN) recommandent une dose efficace annuelle de 20 mSv pour les travailleurs exposés professionnellement et de 1 mSv pour les travailleurs exposés occasionnellement.[8] Les Lignes directrices du gouvernement du Canada sur le radon recommandent une concentration maximale dans l’air des habitations et les édifices publics (écoles, hôpitaux, établissement de soin de longue durée, les établissements correctionnels, etc.) de 200 becquerels par mètre cube (Bq/m3).[9] Le Code canadien du travail exige que les concentrations de radon dans l’air ambiant soient inférieures à 800 Bq/m3 dans les lieux de travail du gouvernement fédéral (pour les travailleurs du secteur énergétique non nucléaire).

Le tableau suivant résume les lignes directrices d’exposition dans les diverses juridictions du Canada. Le tableau 1 résume les LEMT spécifiques au radon et le tableau 2 résume les LEMT de rayonnement incluant les sources de radon. L’Île-du-Prince-Édouard n’applique aucune LEMT pour le radon.[10]

Tableau 1. LEMT spécifique au radon

Juridiction canadienne LEMT (unités multiples)
Gouvernement fédéral : Code canadien du travail Travailleurs du secteur énergétique non nucléaire: 800 Bq/m3
MB,[11] NL,[12] NS[13] 4 unités alpha-mois/an (adopte les lignes directrices de l’ACGIH);
ALARA
NB[14,15] Mineurs de fond : 4,8 unités alpha-mois/an, la moyenne pondérée dans le temps ne peut dépasser 0,4 unité alpha-mois;
ALARA
Autres travailleurs : aucune
ON[16,17] 4 unités alpha-mois/an (adopte les directives de l’ACGIH);
Travailleurs dans les mines et les exploitations minières : 1 unité alpha-mois;
ALARA
YT[18] Tous les travailleurs : dose efficace annuelle = 1 niveau opérationnel;
ALARA
Autres OEL
ACGIH 2018 TLV[19] 4 unités alpha-mois/an; ALARA
ACGIH = American Conference of Governmental Industrial Hygienists
AED = dose efficace annuelle (annual effective dose)
ALARA = niveau le plus faible qu’il soit possible d’atteindre (as low as reasonably achievable)
Bq/m3 = becquerels par mètre cube (le becquerel est une unité de mesure de radioactivité)
mSv = milliSievert
TWA = moyenne pondérée dans le temps (time weighted average)
WL = niveau opérationnel (working level) (concentration de radon de descendance radioactive dans 1 m3 d’air ayant un potentiel énergétique de 2,08×10-5
WLM = unité alpha-mois (working level months) (exposition causée par l’inhalation de l’air contenant une unité opérationnelle par 170 heures)
WLM/year = unités alpha-mois/an (working level months per year)

Tableau 2. Autres LEMT incluant le radon

Juridictions canadiennes LEMT (unités multiples)
Gouvernement fédéral[20] Travailleur de l’énergie nucléaire : dose efficace annuelle = 50 mSv;
Travailleur de l’énergie non nucléaire : dose efficace annuelle = 1 mSv;
ALARA
AB[21] Travailleur sous rayonnement : dose efficace annuelle = 50 mSv;
Autre travailleur, non sous rayonnement : dose efficace annuelle = 1 mSv;
ALARA
BC[22] Dose efficace annuelle = 20 mSv*;
ALARA
NT & NU[23,24] Travailleur de l’énergie nucléaire : dose efficace annuelle = 50 mSv; 100 mSv sur toute période de 5 ans;
Travailleur autre que du secteur nucléaire : dose efficace annuelle = 1 mSv;
ALARA
QC[25] Travailleur de l’énergie nucléaire : dose efficace annuelle = 50 mSv, ou en moyenne 20 mSv/an sur 5 ans;
Travailleur autre que du secteur nucléaire : dose efficace annuelle = 1 mSv;
ALARA
SK[26] Travailleur de l’énergie nucléaire : dose efficace annuelle =50 mSv, ou 100 mSv sur une période de 5 ans;
Travailleur autre que du secteur nucléaire : dose efficace annuelle = 1 mSv;
ALARA
*S’applique à tous les travailleurs exposés à une source de rayonnement ionisant, sauf indication contraire
AED = dose efficace annuelle (annual effective dose)
ALARA = niveau le plus bas qu’il soit possible d’atteindre (as low as reasonably achievable)
mSv = milliSievert
Travailleur de l’énergie nucléaire = travailleur exposé aux rayonnements, probablement à une dose dépassant la limite permise pour les membres du public
Travailleur sous rayonnements = travailleur qui utilise des rayonnements ionisants ou qui utilise directement un équipement de rayonnement ionisant précis ou une source de rayonnement ionisant
TWA = moyenne pondérée dans le temps (time weighted average)
WL = niveau opérationnel (working level)
WLM = unité alpha-mois (working level months)
WLM/year = unité alpha-mois par an

Directives environnementales au Canada

Juridiction Limite Année
Directives sur le radon du gouvernement du Canada 200 Bq/m3 2009[27]
Bq/m3 = becquerels par mètre cube (becquerel: une mesure de radioactivité)

Utilisations principales

Le radon n’a pas d’utilisation industrielle importante, mais il est produit en petites quantités aux fins de recherche. Il est alors utilisé pour déclencher et influencer des réactions chimiques.[1]

Par le passé, le radon fut utilisé pour le traitement des ulcères, des allergies, de l’arthrite et de tumeurs.[1] Il continue à être utilisé de nos jours à des fins thérapeutiques dans certains pays européens, afin de procurer un soulagement de la douleur provoquée par la polyarthrite rhumatoïde.[28,29]

Degrés d’exposition environnementale

L’inhalation est la voie d’exposition au radon la plus courante pour la population. L’exposition au radon par l’ingestion d’eau potable est possible, bien que très peu de preuve indique que l’ingestion de ce gaz cause le cancer.[2] CAREX Canada estime que les niveaux de radon de l’air extérieur et ambiant sont des sources importantes de risque de cancer au Canada « qualité modérée des données ». En outre, les estimations du risque pour les agents cancérogènes de l’air intérieur montrent que le radon est la plus haute priorité dans l’environnement canadien.[30] Le degré d’exposition environnementale au radon par l’inhalation de poussière à l’intérieur de maisons, par l’ingestion d’eau potable, de nourriture et de boissons, est négligeable.

 

Les niveaux de radon sont considérablement supérieurs à l’intérieur qu’à l’extérieur. Au Canada, on trouve du radon dans les maisons nouvelles et anciennes et les édifices publics tels que les hôpitaux, les écoles, les établissements de soin et les centres de détention.[31] Le radon pénètre dans les édifices lorsque la pression d’air à l’intérieur est inférieure à celle du sol entourant la fondation.[32] Cette différence de pression attire l’air et d’autres gaz, incluant le radon, dans les édifices à travers les fissures et les ouvertures de la fondation, les joints de construction, les ouvertures autour des tuyaux, les pompes de puisard et drains, les fenêtres ou ouvertures dans les murs à l’intérieur. On peut aussi trouver du radon dans l’eau souterraine des puits de particuliers ou de petites communautés. Lorsque l’eau est agitée par la prise de douches, la lessive et la cuisine, le radon peut pénétrer dans la maison.[33]

Les concentrations du gaz dans l’environnement varient selon plusieurs facteurs, incluant les caractéristiques de l’édifice (p. ex. la ventilation et le colmatage), le style de vie de l’occupant (p. ex. utilisation des fenêtres et du foyer), les caractéristiques géologiques, et la nature du sol.[2] Les plus fortes concentrations se trouvent dans les régions présentant des gisements de minerai d’uranium et de thorium ainsi que dans les formations de granit.[2] Les niveaux de radon dans les bâtiments dépendent aussi de la saison. On constate que les niveaux sont élevés l’hiver, car les fenêtres restent fermées en raison du froid, ce qui diminue la ventilation. Le niveau de radon peut changer radicalement en l’espace de 24 heures (multiplié par deux ou trois).[31] Les niveaux les plus élevés se produisent l’hiver parce que les fenêtres et les portes restent fermées, scellant les édifices et par conséquent réduisant la ventilation. Lorsque les édifices sont bien scellés pour conserver de l’énergie, des niveaux plus élevés de radon s’accumulent aussi.[34]

La plupart des maisons canadiennes contiennent un certain niveau de radon.[32] Une étude menée à travers le pays par Santé Canada entre 2009 et 2011 sur les concentrations de radon dans les maisons indique que dans 6,9 % des maisons vérifiées, l’air ambiant présentait une concentration de radon supérieure à la directive canadienne en vigueur qui est de 200 Bq/m3.[35] Les résultats indiquent que les niveaux de radon varient considérablement à travers le pays. Le radon est plus répandu à l’intérieur des maisons dans plusieurs régions, mais aucune partie du pays n’est « libre de radon ». La Saskatchewan, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick et le Yukon comptaient le plus grand nombre de maisons participantes dont le niveau de radon dépassait la directive en la matière. En moyenne, les Canadiens reçoivent une dose de rayonnement annuelle d’environ 1,0 mSv provenant de l’inhalation d’un produit de filiation du radon.[9] Cette dose varie grandement dans le pays selon la composition géologique de la région. À Vancouver, la dose moyenne est de 0,2 mSv/an, alors qu’à Winnipeg, elle est de 2,2 mSv/an.

 Pour plus d’information, voir l’onglet expositions environnementales (en anglais uniquement).

Degrés d’exposition en milieu de travail

L’exposition au radon la plus importante en milieu de travail provient de l’inhalation.[2] Le radon se trouvant dans l’eau souterraine, le sol, ou les matériaux de construction, peut entrer dans le milieu de travail et se dégrader en produits de filiation radioactifs.[3,4] CAREX Canada estime qu’environ 188 000 Canadiens sont exposés au radon dans le cadre de leur travail. Les groupes industriels les plus importants qui sont exposés sont les écoles primaires et secondaires, les administrations publiques provinciales et territoriales, et l’intermédiation de crédit dépositaire (comprend les établissements qui acceptent des dépôts et des fonds de prêts; liste complète des exemples disponibles ici). Par profession, les plus grands risques surviennent chez les commis de bureau généraux (6 200 exposés); enseignants d’écoles primaires et maternelles (6 000 exposés); et concierges, gardiens, et concierges d’immeubles (5 000 personnes exposées). Les autres groupes exposés comprennent: les secrétaires (sauf juridiques et médicaux); nettoyeurs légers; et le service à la clientèle, l’information et les commis associés.

Étant donné qu’il s’agit d’un gaz plus lourd que l’air, les niveaux de radon dans les endroits restreints ou souterrains sont souvent élevés si on les compare avec ceux qui sont contenus dans l’air extérieur.[2,4] Les travailleurs les plus exposés au radon sont ceux qui travaillent dans les mines souterraines, particulièrement les mines d’uranium.[1] Les autres travailleurs passant du temps sous terre (par exemple dans le métro ou dans les tunnels des services publics) risquent davantage d’être exposés au radon. Les employés travaillant n’importe où à l’intérieur peuvent aussi être exposés au radon, surtout s’ils travaillent dans des pièces présentant de hautes concentrations de radon «par exemple, les sous-sols».

D’autres métiers pouvant éventuellement être exposés au radon comprennent les employés à la remédiation «surtout dans les sites miniers», les producteurs d’engrais phosphaté, les chercheurs utilisant le radon et les utilisateurs d’excavatrices dans la construction. Peu de renseignements sont disponibles sur la présence de radon dans les milieux de travail au Canada. Il y a quatre mines d’uranium actives au Canada; tous sont situés en Saskatchewan. En 1998, on a associé les niveaux élevés de radon avec la production de propane en Colombie-Britannique, avec des concentrations s’élevant jusqu’à 4 958 Bq/m3.[36] En Nouvelle-Écosse, les concentrations de radon ont été recueillies sur une période de trois mois dans 21 lieux de travail présentant un potentiel élevé d’exposition au radon, y compris des installations de traitement de l’eau et des centrales au charbon. La concentration maximale mesurée était de 202 Bq/m3.[37]

Le degré d’exposition au radon en milieu de travail est mesuré par le Bureau de la radioprotection de Santé Canada pour les mineurs d’uranium. Dans le Fichier dosimétrique national du Canada, on trouve les données du degré d’exposition des travailleurs exposés aux rayonnements dans tout le Canada.[38]

Pour plus d’information, voir l’onglet expositions professionnelles (en anglais uniquement).

Sources

Photo: Flickr, Michael Buck

1. National Toxicology Program. NTP 13th Report on Carcinogens for Ionizing Radiation (2014) (PDF)
2. Agency for Toxic Substances and Disease Registry. ATSDR Toxicological Profile for Radon (2008) (PDF)
3. Centre international de recherche sur le cancer. Sommaire de monographie CIRC, Volume 78 (2001) (PDF)
4. Centre international de recherche sur le cancer. Sommaire de monographie CIRC, Volume 100 Part D (2012) (PDF)
5. US Environmental Protection Agency. EPA: Radon Health Risks (2015)
6. US Environmental Protection Agency. EPA: Why is radon the public health risk that it is? (2014)
10. Government of Saskatchewan. Radiation Health and Safety Regulations (2005) (PDF)
12. Newfoundland and Labrador Regulation. Occupational Health and Safety Regulations, s. 42(7)(c) (2012)
14. New Brunswick Regulation. New Brunswick Regulation 96-105(1996) (PDF)
18. Yukon Workers’ Compensation Health and Safety Board. Yukon Occupational Health Regulations. Section 45. Radon Gas
19. American Conference of Governmental Industrial Hygienists. ACGIH 2018 TLVs and BEIs (2015)
23. The Canadian Legal Information Institute (CanLII). Government of Nunavut’s Occupational Health and Safety Regulations, Nu Reg 003-2016 (2010)
24. Government of the Northwest Territories. Occupational Health and Safety Regulations, R-039-2015 (2016) (PDF)
25. Département de la justice. Radiation Protection Regulations (SOR/2000-203) (2000)
26. Government of Saskatchewan. The Occupational Health and Safety Regulations, 1996 (2016) (PDF)
27. Gouvernement of Canada. Gouvernement du Canada: Radon (2009)
28. Falkenbach A, Kovacs J, Franke A, Jörgens K, Ammer K. « Radon therapy for the treatment of rheumatic diseases -review and meta-analysis of controlled clinical trials. » Rheumatol Int 2005;25(3):205-210.
29. Franke A, Reiner L, Pratzel HG, Franke T, Resch KL. « Long-term efficacy of radon spa therapy in rheumatoid arthritis: a randomized, sham-controlled study and follow-up. » Rheumatology 2000;39:894-902.
30. Setton E, Hystad P, Poplawski K, Cheasley R, Cervantes-Larios A, Keller CP, Demers PA. « Risk-based indicators of Canadians’ exposures to environmental carcinogens. » Environ Health 2013;12(1):15.
32. Santé Canada. Du radon dans votre maison? (2014)
34. Jones B, Ridley I, Chalabi Z, Armstrong B, Davies M. « Home energy efficiency and radon related risk of lung cancer: modelling study. » BMJ 2014;348:f7493.
36. McGregor RG, Vasudev P, Letourneau EG, McCullough RS, Prantl FA, Taniguchi H. « Background Concentrations of Radon and Radon Daughters in Canadian Homes. » Health Phys 1980;32(2):285-289.
37. Mersereau HE, Scott A, Whelan K. « Workplace indoor radon survey in Nova Scotia, Canada. » Environmental Health Review2015;56(1):13-18.

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